Construction
d'un donjon en bois.
«
Arnoul fil élever sur la motte seigneuriale d'Ardres un logis de bois,
chef-d'œuvre de charpente dont la beauté surpassait tout ce qu'il
y avait alors de châteaux en Flandre. Le constructeur fut un charpentier
de Bourbourg... La construction formait trois étages dont les planchers
aériens étaient séparés par d'immenses intervalles. Le premier étage
était au niveau du sol. Là étaient les réduits à mettre les diverses
récoltes et des mannes, tonneaux, cuves et autres ustensiles de ce
genre. Au second étage destiné à l'habitation et aux réunions de toute
la maisonnée, étaient les chambrettes des panetiers et échansons ainsi
que la grande chambre où couchaient le seigneur et sa femme. A cette
chambre étaient contigus le retrait des filles suivantes et le dortoir
des enfants. La grand-chambre donnait aussi entrée par une porte secrète
dans un autre retrait où l'on faisait du feu le matin et le soir quand
il y avait des malades ou bien pour se faire saigner ou encore pour
tenir les enfants au chaud pour leur allaitement. A cet étage était
appliquée extérieurement la cuisine qui elle même formait deux étages
: en bas étaient tenus séparément les porcs, les oies, les chapons
et la volaille dont il y avait assez pour la consommation; au-dessus
demeuraient les cuisiniers et les aides de cuisine. C'est là que se
préparait la nourriture délicate des maîtres et aussi celle des gens
de service. L'étage supérieur du château était divisé par des soupentes
en plusieurs hauteurs de pièces ayant des abords différents. Là couchaient
les fils et les filles du seigneur, celles-ci régulièrement. ceux-là
quand bon leur semblait; là aussi prenaient leur sommeil, à tour de
rôle, les guetteurs et sergents attachés à la garde du château. »
Chronique
de Lambert d'Ardres, XIIème s.